L’écho FSQ
ActuSANTÉ
Nouvelle politique sur le soutien à domicile (SAD)
29 avril 2026
Collaboration de Lise Goulet
Conseillère à l’action professionnelle en santé et services sociaux à la CSQ
Le 29 janvier dernier, Mme Sonia Bélanger, ministre de la Santé du Québec et principale responsable des personnes ainées et des personnes proches aidantes, a publié la nouvelle Politique nationale de soutien à domicile ‒ Mieux chez soi.
La politique brosse un portrait très juste et fort préoccupant des besoins et des défis à relever. Elle propose une multitude d’avenues visant à mieux y répondre. Or, certaines solutions mises de l’avant soulèvent d’importantes préoccupations.
Des besoins qui explosent!
La croissance démographique, l’allongement de l’espérance de vie, l’augmentation rapide de la proportion des personnes ainées dans la population et la hausse des maladies chroniques et des incapacités limitant l’autonomie ont une incidence majeure sur le soutien à domicile (SAD).
En 2024-2025, plus de 395 000 personnes usagères ont bénéficié des services de SAD. D’ici 2040, ces besoins augmenteront de plus de 70 %[1]. Près de 550 000 personnes auront recours à ces services, dont 34 000 avec des incapacités lourdes nécessitant des soins de longue durée.
Malheureusement, le modèle actuel ne répond qu’à une partie des besoins.
Une offre de services insuffisante
En 2023, seuls 10,7 % des besoins, en moyenne, étaient comblés (5,2 % pour l’aide domestique; 8,7 % pour les soins infirmiers; 23,4 % pour l’assistance personnelle, comme les soins d’hygiène, l’habillement, l’alimentation, etc.). Près de 300 000 personnes avaient des besoins non comblés.
D’ici 2040, les nouveaux besoins représenteront 20,8 millions d’heures en soins infirmiers (soit environ 13 700 infirmières et infirmiers), et 42 500 nouvelles places en CHSLD ou en maisons des ainés devraient être créées.
Les nouvelles orientations ministérielles
La ministre Bélanger dit vouloir « déployer les conditions favorables à l’émergence d’une culture de partenariat dans l’ensemble de l’écosystème du soutien à domicile ». Cette dernière :
- reconnait le domicile comme lieu de vie privilégié;
- mise sur les personnes proches aidantes comme partenaires essentiels; la personne usagère est considérée comme une experte de ses besoins; les programmes d’allocations financières lui permettront, dans certains cas, de choisir ses prestataires de services;
- identifie les CLSC comme porte d’entrée principale; pour un accès simplifié et une coordination de la trajectoire de soins et de services, impliquant la collaboration de tous les partenaires;
- reconnait la complexification croissante des services professionnels et d’aide à domicile et la nécessité de mieux anticiper les besoins futurs de main-d’œuvre. Outre les soins palliatifs, le gouvernement souhaite développer davantage l’hospitalisation et les soins intensifs à domicile, ce qui impliquera une offre de soins professionnels beaucoup plus élaborée;
- compte faire davantage appel au secteur privé et aux entreprises d’économie sociale à domicile (privé sans but lucratif).
L’avenir de nos équipes SAD
En mai 2025, la ministre proposait une déqualification du personnel en SAD, estimant que les services étaient trop professionnalisés. La réduction des exigences de qualification est officiellement annoncée dans la nouvelle politique, une orientation que la FSQ-CSQ a publiquement dénoncée.
Le gouvernement misera davantage sur les actes délégués et les soins non réglementés (soins non professionnels). Cela concorde avec les travaux actuels sur le décloisonnement des professions.
Selon la ministre, l’efficacité d’une telle démarche impliquera plusieurs chantiers de travail que nous devrons surveiller très attentivement :
- La révision de la composition des équipes de travail;
- La transformation des pratiques cliniques;
- Le développement des compétences;
- L’encadrement et le soutien des intervenantes et intervenants;
- L’adaptation des partenariats (révision des rôles traditionnels).
Le travail de nos équipes SAD risque d’être passablement chamboulé dans les mois à venir. Nous aurons besoin de vos yeux et de vos antennes. Merci de nous faire part de vos préoccupations et de toute situation impliquant des enjeux professionnels et syndicaux.
Pour prendre connaissance de la nouvelle politique
Politique nationale de soutien à domicile – Mieux chez soi
[1] CLAVET, Nicholas-James, et autres (2023). Horizon 2040 : Projection des impacts du soutien à l’autonomie au Québec, [En ligne], Montréal, Chaire de recherche Jacques-Parizeau en politiques économiques HEC Montréal, 31 p. [cjp.hec.ca/wp-content/uploads/2023/11/rapport-principal-CSBE.pdf].