Un été sous pression, mais le réseau répond présent
15 juillet 2026
Si la période estivale est souvent associée aux vacances, elle pose aussi un défi de taille pour le réseau de la santé. Entre la demande qui ne ralentit plus autant qu’avant, le vieillissement de la population, les vacances du personnel et la pénurie de main-d’œuvre qui persiste, les équipes doivent constamment s’adapter pour maintenir les services. Le président de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ), Déreck Cyr, brosse un portrait nuancé de la situation.
Par Léanne Fiset-Gingras, conseillère aux communications
Autrefois, les urgences connaissaient une baisse de leur achalandage durant la période des vacances d’été et de la construction. Aujourd’hui, il en est tout autrement : « Il y a toujours un léger ralentissement, mais il est de moins en moins marqué », observe Déreck Cyr. Selon lui, le vieillissement de la population explique en grande partie cette nouvelle réalité, puisque les besoins demeurent élevés tout au long de l’année. De plus, le manque de disponibilité des médecins de famille durant l’été a un impact sur les urgences.
Les défis de l’été
À cette pression constante s’ajoutent les particularités de la saison estivale. Les activités extérieures provoquent une hausse des noyades et des accidents de la route, tandis que les festivals et les rassemblements font augmenter le nombre d’interventions liées à la consommation d’alcool et de drogues. Si les problèmes diffèrent de ceux observés en hiver, la demande reste tout aussi importante.
Pour les travailleuses et travailleurs du réseau, l’été ne se traduit donc pas par un allègement de la charge de travail. Les vacances des membres du personnel et des médecins de famille compliquent la gestion des horaires, alors que les besoins de la population, eux, persistent. Lorsqu’une personne est absente, la pression s’accentue pour les équipes en place qui assurent, malgré tout, la continuité des soins.
Le recours au temps supplémentaire
Afin de maintenir les services, plusieurs établissements doivent recourir au temps supplémentaire. Déreck Cyr souligne toutefois que certaines mesures négociées permettent d’atténuer cette charge. Une prime estivale de 5 %par heure travaillée, offerte entre le 15 juin et le 15 septembre, vise notamment à encourager le personnel à effectuer des quarts supplémentaires sur une base volontaire. De plus, la lettre d’entente de la convention collective FSQ-CSQ 2023-2028 a pour but de diminuer et de limiter le temps supplémentaire obligatoire (TSO), une pratique qui demeure néanmoins présente dans plusieurs milieux lorsque les effectifs sont insuffisants, particulièrement dans les urgences.
Les conséquences du manque de personnel
La pénurie de personnel continue d’entraîner des conséquences importantes, particulièrement en région, où le manque d’infirmières et de médecins peut forcer la fermeture temporaire de certaines urgences ou conduire à une réduction des services. Pour le président de la FSQ-CSQ, cette situation témoigne d’enjeux structurels qui vont bien au-delà de la période estivale.
Selon lui, des investissements additionnels pour les soins à domicile permettraient de mieux répondre à la demande. Une meilleure prise en charge des maladies chroniques ainsi qu’un accès accru aux médecins de famille contribueraient à prévenir certaines hospitalisations et à réduire la pression au sein des urgences.
Une offre de service qui ne suit pas la croissance de la population
À Laval, où la croissance démographique est soutenue, les infrastructures peinent à suivre le rythme. Déreck Cyr rappelle que le temps d’attente moyen sur une civière à l’urgence avant de voir un médecin et d’être hospitalisé après un diagnostic est passé d’environ 16 à 19 heures. Il estime que cette réalité démontre la nécessité d’investir davantage dans le réseau de la santé, puisque la région compte près de 460 000 habitants et enregistre environ 92 000 visites annuelles à son unique hôpital. Le maire de Laval, la PDG de Santé Québec Laval et le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (SIIIAL-CSQ), ont interpelé le gouvernement de la CAQ sur ce sujet. L’amélioration du transport collectif fait également partie des solutions mises de l’avant afin de faciliter l’accès aux services.
Depuis des années, le sous-financement des urgences de différentes régions, comme la Côte-Nord, la Gaspésie et le Nord-Est québécois, fait en sorte que les milieux sont désuets et non conformes aux standards de qualité de soins dans un pays du G7.
Augmentation de la violence et de l’incivilité
Au-delà des enjeux organisationnels, le président de la FSQ-CSQ constate une hausse des cas de violence et d’incivilité envers le personnel, particulièrement dans les urgences. Il associe ce phénomène à plusieurs facteurs, dont les troubles de santé mentale, l’isolement social et la multiplication des autodiagnostics posés à partir de recherches Internet, qui peut accroître l’anxiété de certaines personnes.
Un personnel à la hauteur
Malgré les défis, Déreck Cyr insiste sur l’engagement du personnel du réseau. « Les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes demeurent présents, jour après jour, pour offrir des soins de qualité à la population », rappelle-t-il. Pour lui, si l’été apporte son lot de défis, il met surtout en lumière la capacité d’adaptation et le professionnalisme des équipes qui assurent, sans relâche, la continuité des services.