Pénurie de personnel : un été sous haute pression pour les soins de santé sur la Côte-Nord ainsi que dans le Nord-du-Québec.
29 juillet 2026
Malgré une situation légèrement moins critique que celle de l’an dernier, le réseau de la santé de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec demeure sous forte pression durant la période estivale. La présidente du Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ), Karine Ouellet Moreau, dénonce un manque de personnel chronique, une dépendance croissante à la main-d’œuvre indépendante et des décisions organisationnelles qui affectent les services offerts à la population.
Par Léanne Fiset-Gingras
Un réseau fragilisé par la pénurie
Selon Karine Ouellet Moreau, l’été représente chaque année une période particulièrement difficile pour les équipes soignantes. Les vacances, combinées au manque de personnel, accentuent les défis déjà présents dans le réseau.
« Ce n’est jamais facile l’été », résume-t-elle.
Pour maintenir les services, les établissements doivent s’appuyer de plus en plus sur la main-d’œuvre indépendante. Celle-ci représente maintenant près de 50 % des effectifs dans certains secteurs. Le SIISNEQ estime que cette réalité fragilise le réseau, notamment parce que ces travailleuses et travailleurs choisissent leurs disponibilités et ne sont pas soumis aux mêmes obligations que le personnel régulier.
« L’été, ils décident s’ils veulent être là ou non. Pendant ce temps, nos membres doivent supporter la charge de travail. »
Des urgences sous pression
La saison touristique entraîne également une hausse de l’achalandage dans les urgences de la région. Bon nombre de personnes qui visitent la région choisissent de consulter dans les plus petites urgences de la Côte-Nord plutôt que de se rendre dans les grands centres, ce qui augmente la pression sur des équipes déjà réduites.
À Port-Cartier, la situation est particulièrement préoccupante. Selon Karine Ouellet Moreau, aucun plan de contingence n’a encore été communiqué au syndicat advenant une fermeture temporaire de l’urgence.
« C’est très précaire. On n’a toujours pas de plan si des fermetures devaient survenir. »
Les dispensaires également touchés
Les dispensaires, souvent situés dans de petits villages où une seule infirmière assure les services, vivent eux aussi d’importantes difficultés.
Les périodes de garde constituent un enjeu majeur. Elles demandent une grande disponibilité, sont peu rémunérées et deviennent encore plus exigeantes durant la saison estivale.
« Les membres ont besoin de vacances eux aussi. Une infirmière de garde peut ressentir une pression énorme, parce qu’elle soigne sa propre communauté. »
Des postes à temps complet qui disparaissent
Le SIISNEQ déplore également certaines décisions de gestion qui, selon lui, aggravent la pénurie.
Karine Ouellet Moreau affirme qu’une centaine de postes à temps complet auraient été supprimés pour être remplacés par autant de postes à temps partiel.
« On parle constamment de favoriser le temps complet, mais on n’en ouvre plus. Nos membres ont l’habitude de travailler à temps complet et certains ont vu leur horaire passer de dix à seulement sept quarts. »
Selon elle, ces conditions nuisent à la rétention du personnel et compromettent la stabilité des équipes.
Des soins qui pourraient être compromis
La présidente du SIISNEQ s’inquiète des conséquences sur la qualité des soins.
Elle souligne notamment l’exemple d’un CHSLD où les résidents sont revenus à un bain par semaine, une mesure qui témoigne, selon elle, des limites auxquelles fait face le réseau.
« On est rendus à un point où ça peut mettre en péril les patients. »
Un manque de proactivité dénoncé
Le syndicat dénonce également les retards dans l’utilisation d’une enveloppe budgétaire de 30 000 $, négociée par la Fédération afin de favoriser le recrutement.
Selon Karine Ouellet Moreau, l’employeur de la région du Nord-du-Québec tarde toujours à lancer la campagne publicitaire prévue.
« Les sommes sont disponibles, mais il manque de proactivité pour les mettre à profit. »
« Un peu mieux que l’an dernier »
Si la situation est légèrement meilleure que celle vécue l’été dernier, Karine Ouellet Moreau demeure prudente.
« Chaque année, on s’attend à vivre les mêmes difficultés. Cette année, c’est un peu moins préoccupant, mais les problèmes de fond sont toujours là. »
Pour le SIISNEQ, des mesures structurantes seront nécessaires afin d’assurer la stabilité des équipes et de garantir les soins à la population de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec.