24 juillet 2026

Par Alyssa Landry 

« La période estivale est problématique dans les établissements de santé de la région de la Gaspésie faute de personnel en nombre suffisant alors que l’achalandage augmente avec l’arrivée des touristes. » 

La Vice-présidente du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l’Est du Québec (SIIIEQ-CSQ), Catherine Rioux rappelle que les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes sont déjà en nombre insuffisant durant toute l’année. 

« Il va donc de soi que la situation ne s’améliore pas en été. Il y a plus de gens dans la région et les risques d’accident augmentent. Cela se traduit par un nombre élevé de personnes se présentant dans nos établissements de santé afin de recevoir des soins », explique Catherine Rioux. 

Une surcharge de travail qui a des conséquences 

Cette dernière ajoute qu’il est clair que, dans un tel contexte, plusieurs membres du personnel partent en vacances avec un certain sentiment de culpabilité, l’impression désagréable « d’abandonner le réseau » à un important moment de surcharge de travail. « Nous devons nous raisonner et nous rappeler que nous avons droit à ces vacances, et puis, qu’elles sont même essentielles pour notre propre santé. » 

La vice-présidente du SIIIEQ-CSQ déplore que la surcharge de travail que le personnel doit supporter crée un climat de travail plus tendu dans les établissements. « Que nous veuillons ou non, le personnel a moins de temps pour discuter avec les patients. C’est regrettable, car le contact humain en souffre. D’autant plus que plusieurs infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes travaillent en temps supplémentaire obligatoire (TSO) et subissent une certaine fatigue. Ce qui peut affecter la qualité des soins », explique Catherine Rioux. 

Des distances qui pèsent lourd 

La dirigeante syndicale ajoute que l’employeur élabore un plan de contingence pour revoir la dispensation des services durant l’été et faire face au manque de personnel avec le moins de désagréments possible. « Les solutions proposées ne sont pas toujours évidentes dans une région comme la Gaspésie où les établissements sont dispersés sur un vaste territoire, séparés les uns des autres par plusieurs dizaines de kilomètres. Par exemple, il est fréquent que l’on transfère des patients dans un autre établissement situé à pas moins de 90 minutes », expose Catherine Rioux.  

« Parmi les problèmes de santé que nous voyons à la hausse durant la belle saison sont : les accidents cardiaques : les accidents de la route : les cas d’intoxication : les situations liées à la santé mentale. Mais il n’y a pas que les urgences qui sont touchées. Les personnes ayant besoin de soins de plus longue durée, allant de trois à sept jours, occupent aussi les lits de multi clientèle, ce qui ajoute une pression importante sur les équipes de soins de courte durée. Ces nombreux cas qui s’ajoutent pèsent lourd sur notre réseau de santé. Au point où l’accès aux services pour la population locale devient plus difficile, puisqu’il faut souvent privilégier les urgences immédiates au détriment du suivi des patients réguliers », précise Catherine Rioux. 

Un chaos estival annuel 

Catherine Rioux regrette qu’année après année la même situation chaotique se présente et que nous semblons toujours incapable de trouver des solutions pérennes pour améliorer les services et les soins de santé durant cette période cruciale. « À chaque fois, les directions informent qu’il faudrait trouver des moyens pour que cela ne se reproduise pas. Mais rien n’est fait et nous plongeons une fois de plus dans la crise estivale. » 

Une promesse qui laisse sceptique 

Dans ce contexte, la vice-présidente du SIIIEQ-CSQ se montre prudente et inquiète quant à l’abolition annoncée du recours à la main-d’œuvre indépendante (MOI) à compter du mois d’octobre prochain. 

« Le recrutement demeure très difficile dans notre région. Des projets d’attraction et de rétention ont été mis en place en collaboration avec les partenaires de la Gaspésie et nous espérons qu’ils porteront fruit d’ici l’automne afin de venir combler une partie des besoins actuellement assurés par la MOI. Toutefois, je demeure sceptique quant à la possibilité de retirer complètement le personnel provenant du secteur privé dans les délais annoncés », mentionne Catherine Rioux. 

« Si cette main-d’œuvre disparaît sans qu’un nombre suffisant de professionnels soit recruté, une pression plus grande s’exercera sur le personnel en place, qui est fortement sollicité par le temps supplémentaire. Il y a un risque réel de ruptures ou de réductions de services, puisque certains secteurs comptent actuellement sur une proportion importante de personnel provenant des agences. Notre plus grande inquiétude concerne la santé et la sécurité au travail, qui pourraient entrainer une charge plus lourde pour nos membres», conclut la vice-présidente du SIIIEQ-CSQ.