L’écho FSQ
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Promesses électorales du Parti québécois en santé
28 octobre 2026
Lise Goulet
Conseillère en Santé et services sociaux à la CSQ
Le 5 octobre dernier, la population du Québec a porté au pouvoir un gouvernement minoritaire. Avec 60 candidates et candidats élus, le Parti québécois devra obtenir l’appui de l’un des partis d’opposition pour réaliser ses promesses, puisqu’il n’a pas atteint la majorité absolue nécessaire — 64 sièges sur 127 — pour agir plus librement.
Entre l’abolition de Santé Québec dans sa forme actuelle, l’imposition de compressions budgétaires majeures et la mise en œuvre de solutions concrètes pour améliorer l’accès aux services de santé, que fera-t-il prioritairement? Et surtout, comment? Car si le désir de changement des Québécoises et des Québécois était manifeste, le vote, lui, est très fragmenté. Les semaines et mois à venir nécessiteront une bonne dose de savoir-faire, et beaucoup de discussions avec l’ensemble des parties prenantes.
Abolir l’État dans l’État
Les intentions de Paul Saint-Pierre Plamondon vis-à-vis de Santé Québec sont claires. Il a dit vouloir abolir la société d’État et ramener la prise de décisions au niveau local.
Le 30 septembre dernier sur son compte X, il a précisé ses pensées. Les voici :
- Réduire substantiellement la bureaucratie en diminuant d’environ 900 le nombre de gestionnaires ;
- Décentraliser les décisions dans le système de santé (mais lesquelles?);
- Rétablir une reddition de compte des activités vis-à-vis du gouvernement, notamment quant à l’utilisation des deniers publics;
- Réintégrer certaines fonctions au ministère de la Santé et des Services sociaux (révision du mode de financement de chaque région, économies d’échelle dans certains secteurs, mesure de la performance de la gestion, etc.)
Les économies réalisées par les compressions de postes en gestion (estimées entre 40 à 100 millions de dollars) seraient réinvesties dans les soins directs à la population, notamment dans la réduction des listes d’attente en chirurgie et le renforcement des services de première ligne, en particulier ceux offerts par les centres locaux de services communautaires (CLSC).
Comment procèdera-t-il? Nous ne le savons pas. Lui-même a soulevé diverses hypothèses : nouvelle équipe tactique? Agence? Cellule d’experts? Division du ministère? C’est dans le cadre d’une commission parlementaire qu’il compterait entendre les diverses personnes intervenantes afin de définir le type d’organisation le plus efficace.
Les enjeux prioritaires du gouvernement
Les promesses électorales indiquent les enjeux prioritaires sur lesquels le gouvernement du parti québécois veut agir, sans indiquer comment il compte le faire dans certains cas.
En santé publique, il veut :
- augmenter le budget de la santé publique alloué à la prévention de 550 millions de dollars (par année?);
- agir pour l’amélioration des habitudes de vie (alimentation, vie active et santé mentale);
- prioriser la lutte contre la surprescription en santé mentale, en particulier chez les jeunes et les personnes aînées :
- stratégie pour un usage optimal et sécuritaire des médicaments;
- embauche de plus de pharmaciennes et de pharmaciens dans le réseau de la santé;
- adoption d’une approche multidisciplinaire en première ligne;
- dépistage précoce du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)/éventail d’alternatives à la médication.
Pour les soins et les services à domicile, il souhaite :
- augmenter de 50 % le budget en soins à domicile : investissements de 1,3 milliard de dollars (par année?);
- bonifier de dix millions de dollars par année le Programme d’adaptation de domicile;
- faciliter l’accès au crédit d’impôt pour le maintien à domicile;
- déposer un projet de loi visant à garantir aux personnes aînées le droit de vivre chez elles le plus longtemps possible, le droit à un logement abordable et adapté ainsi que le droit à des soins et des services nécessaires à leur maintien à domicile;
- octroyer une aide financière de 10 000 dollars pour couvrir une partie.
Parmi les enjeux qui nous laissent sur notre faim
Pour le Nord et les régions éloignées, il envisage :
- de doubler le budget d’aide financière destinée aux patientes et aux patients contraints de se déplacer hors de leur région pour recevoir des soins. Nous espérons que la nouvelle ministre de la Santé, de la Prévention et des Aînés issue d’une région, madame Marie-Karlynn Laflamme, saura défendre les services essentiels de proximité pour toutes les régions du Québec.
Pour le personnel de la santé et des services sociaux, les promesses sont très limitées :
- Bonifier les cohortes en médecine et permettre l’ouverture de programmes de médecine dans les universités de région (ce qui semble une bonne idée);
- Soutenir les projets de création d’une Faculté de médecine centrée sur la médecine de famille et de première ligne en région ainsi que la création d’un nouveau quartier universitaire distinctif à Québec.
Les attentes sont énormes
Le réseau de la santé et des services sociaux a beaucoup souffert des huit années de chambardements sous le règne du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Certains chantiers de transformation du réseau sont aujourd’hui possiblement en suspens. Qu’en fera le nouveau gouvernement? Et comment se comporteront les gestionnaires de Santé Québec d’ici les changements annoncés?
Peu importe ce qui sera fait et la manière de le faire, il est essentiel et urgent de remettre l’humain au cœur de notre réseau.
C’est ce qu’exige un collectif qui réclame une grande réflexion nationale afin de trouver des solutions durables à la pénurie et de renforcer le réseau public.
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ) ont signé cette lettre ouverte.